Lia Ices – Grown Unknown

La première bonne surprise de 2011 vient de la très active scène musicale de Brooklyn. Lia Ices, jeune New-Yorkaise de 27 ans, sort en ce début d’année son deuxième album : Grown Unknown. Autant ne pas faire durer le suspense plus longtemps, c’est un véritable chef-d’œuvre, le genre de disque qui vous donne des frissons. Le principal atout et instrument de Lia Ices, c’est sa voix harmonieuse et apaisante, toute en retenue, que j’oserai comparer à celle de Feist. Et cette voix est parfaitement mise en valeur par des arrangements parfois simples et épurés (Lilac), parfois grandioses, mêlant ici piano et guitare, là violon et violoncelle (Ice Wine). Parfois, une guitare électrique (Bag of Wind) donne à l’ensemble un côté un peu plus rock, et ce n’est pas pour me déplaire. Impossible de conclure cet article sans évoquer le sublime duo avec Justin Vernon, Daphne, qui illustre tout le talent de Lia Ices, à la fois pour le chant et pour la composition. Vous l’aurez compris, je suis tombé sous le charme de ce disque et je vous souhaite une bonne écoute.

Pour les parisiennes et parisiens, sachez que la jeune femme sera en concert à Paris le 20 février.

The Juan MacLean – The Future Will Come

New York, 3 heures du matin, quelques verres de trop. Les lumières du Brooklyn Bridge défilent par la fenêtre du taxi. Les motifs du pont semblent se répéter sans fin.
Banlieue parisienne, 6 heures du matin, mal réveillé. Les lumières de la ville qui s’éveillent  défilent par la fenêtre du RER. Autre répétition des motifs.
Point commun ? Les boucles hypnotiques de The Juan MacLean. Des boucles qui s’insinuent sournoisement et vous font perdre toute notion du temps. D’abord vous n’ y prêtez pas attention, vous baissez votre garde. Et sans même vous en rendre compte, vous êtes perdus. Comme ces lumières que vous regardez par la fenêtre, regard dans le vague… jusqu’à vous rendre compte que vous avez oublié de descendre de la rame.

The Future Will Come est un album définitivement urbain, ses morceaux apparaissant tantôt comme des assemblages froid et gris sous certains angles, constructions complexes et majestueuses sous d’autres. Il rappelle les morceaux les moins funs de l’œuvre de LCD Soundsystem, version dépressive de l’œuvre de James Murphy (pas vraiment étonnant dans la mesure où The Juan MacLean fait partie de l’écurie DFA). Il y a une sorte de fatalité dans les boucles de synthé. “The Future Will Come for Everyone” chante une voix désabusée.

A y regarder de plus près, tout n’est pas reluisant et les assemblages hétéroclites de boucles rétros penchent parfois du côté kitsch et les voix ne sont pas toujours au niveau. Mais détournez votre attention quelques instants et vous voilà perdus dans des constructions fascinantes, jusqu’au bout de la nuit, quelque part entre New Order et le Star Guitar des Daft Punk.

The Juan MacLean sur Spotify

Sleepy Sun – Embrace

Si je vous dis San Francisco, il y a de fortes chances que vous pensiez Haight-Ashbury, Grateful Dead & Janis Joplin… Pourtant, aujourd’hui la ville est plus hipster que hippie, Silicon Valley plutôt que Woodstock. Plus electro underground que flower power. Mais bizarrement, les groupes de la region qui arrivent a percer a l’echelon national ces temps-ci revendiquent tous plus ou moins un heritage 60′s/70′s : Girls, The Dodos, Thee Oh Sees, Wooden Shijps… La tendance mériterait décryptage. Nostalgie ? Time trap (sans les marmottes) ? Cliché ?

Sleepy Sun, nouvel évadé de la scène de la Bay Area joue aussi pleinement cette carte revivaliste/passéiste/nostalgique. Malgré ce que le titre, Embrace, pourrait laisser croire, il n’est point question ici d’emo larmoyante pour teenager, mais plutôt de rock psyché, tendance pachydermique. Si le nom de l’album peut prêter a confusion, l’ambivalence du patronyme du groupe lui colle, lui, a merveille : le New Age inaugural est une rêverie psychédélique interrompue à intervalle régulier par des éruptions de guitare. Si son introduction est plutôt gentillette, les guitares de Sleepy Son, elles n’ont qu’une envie : vous enfoncer dans le sol en vous tapant très fort sur le crâne.


White Dove, point culminant de l’album illustre à merveille cet oxymore, le solo de batterie Bonhamien y est suivi… d’un folk hippie à l’harmonica.

Pas besoin de chercher bien loin l’influence majeure de Sleepy Sun, le Zeppelin de plomb est à l’honneur. Comme le faisait le Zep’, les californiens alternent entre titres calmes quasi-acoustiques, tendance pastorale Bilbo le Hobbit et rock chevelu sous influence. L’intro de Red/Black, et son intro à la guitare pincée, a du être écrite en hommage à Jimmy Page
Dommage que contrairement aux anglais, les californiens n’excellent vraiment que lorsqu’ils lâchent les chevaux. Snow Goddess ennuie ferme, jusqu’à ce que les guitares ne s’envolent dans un tourbillon psychédélique assez jouissif. N’est pas Robert Plant qui veut.


Pour les amateurs de rock 70′s et d’envolées psychédéliques, Embrace offre un revival plus qu’agréable, à l’image du In The Future de Black Mountain l’année dernière. Un album totalement rétro dont on pourra garder le vinyl de côté pour l’entraînement hebdomadaire d’Air Drums.

Sleepy Sun on MySpace

Chronique également publiée sur indiepoprock.net

I.R.M.

Le principe de la résonance magnétique est grosso modo d’exciter certaines molécules du corps humain via l’émission d’ondes électromagnétiques. En ce sens, IRM, le nouvel album de Charlotte Gainsbourg porte fort mal son nom, les ondes sonores qu’il émet n’excitant pas grand chose. La voix frêle, plus occupé à susurrer qu’à vraiment chanter, que j’aime tant détester dans la chanson française, ta mère faisait déjà ça il y a 40 ans Charlotte. Comme sur le précédent 5:55, le single Heaven Can Wait était aguicheur, mais le reste n’est pas au niveau. Pas pénible mais franchement quelconque.

Reste un bon single (et une vidéo WTF sympathique) où apparait bien la patte de Beck, au commande de l’album. On lui préfèrera amplement Modern Guilt, dudit Beck, grand disque mésestimé de 2008, beaucoup plus ludique.

The Rest – Everyone All At Once

Les surprises viennent parfois de là où ne les attend plus. Après le succès aussi éclatant qu’inespéré d’Arcade Fire, le monde du rock a fait avec la scène indé canadienne ce qu’il avait fait avec la scène grunge de Seattle dans la foulée du succès de Nirvana dans les années 90. A savoir exhiber n’importe quel nouveau groupe du coin comme “the next big thing”. Avec quelques belles découvertes à la clé, mais aussi pas mal de déchet – un certain nombre de groupes dont on n’aurait jamais entendu parler autrement et qui se retrouvait brutalement sur un piédestal à feuille d’érable. Et corollaire de la chose, une certaine méfiance une fois la bulle dégonflée.

La découverte étant venue d’un blog pas franchement porté sur la hype, on ne s’est pas trop méfié. Et The Rest nous a complètement pris par surprise. Coughing Blood/Fresh Mountain donne le ton. Une voix au registre étonnant, très en avant, appuyée, voire portée, par une instrumentation délicate. Cordes, pianos, nappes de guitare. Une voix qui sait se faire délicate et bercer l’auditeur. Avant de déclencher la foudre pour un crescendo imparable. Le genre de truc qui vous donne envie d’aller déplacer une montagne. Comme ça, juste pour voir.

Everyone All At Once ne s’arrête pas en si bon chemin. Modern Time Travel (Necessities) s’ouvre délicatement, sur un petit “houhou” presque incongru. Puis tout s’accélère à nouveau et redevient épique.

Épique. On s’était mis à détester l’adjectif. Après Funeral, ça a été la nouvelle mode. Il fallait faire dans l’épique. Au début, on avait apprécié. Voire franchement adoré. Rebellions (Lies), The Skin of My Yellow Country Teeth, tout ça. Puis ça s’était mis à sonner un peu faux, surfait. Épique allait-il devenir le mélancolique des 00′s ? Neighborhood #1 allait-il devenir le Creep du 21 ème siècle ? Sur sa deuxième livraison, même Arcade Fire s’était mis à en faire trop.

Mais ici l’épopée fonctionne à nouveau. Apples & Energies, Walk on Water… chaque montée en puissance transporte, sans que cela ne sonne faux. Sans que le ton ne devienne prédicateur. Même les ballades les plus simples (Drinking Water), résonnent d’une force particulière. Tous les titres d’Everyone All At Once semblent écrits pour être chantés à l’unisson. On s’était juré de ne plus se faire embobiner. Mais la sincérité qui ressort de cet album nous fait replonger à nouveau. Walk on Water ? On se surprendrait presque à essayer.

On pourrait citer un à un tous les titres de l’album pour en faire l’apologie. On pourrait ressortir tous les clichés du genre. Dire que l’on n’a pas entendu chant aussi habité depuis Funeral. Qu’Everyone All At Once est une sacrée claque. Peut-être même l’album de l’année. Que son écoute est hautement recommandée. Que le groupe est promis à un bel avenir… On pourrait vous dire d’oublier le reste et d’écouter The Rest. On ne le fera pas, Les clichés, c’est mal. Mais on le pense quand même très fort. Auspicious Beginnings?


L’album ne semble pas encore disponible via les circuits traditionnels en France, mais en suivant les liens suivants, vous devriez trouver de quoi vous procurer l’album, légalement et à moindre frais.

Site officiel

The Rest sur Myspace

Un EP en téléchargement gratuit

L’album pour £1.99 chez Rough Trade